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On ne parle plus que d’Internet et des "autoroutes" de l’information. Les gens ne rêves que d’une chose : se connecter sur le "Web", afin de pouvoir "surfer sur la vague interactive". De par l’engouement qu’il suscite, Internet est en passe de devenir le nouveau mythe de cette fin de siècle. S’il demeure effectivement un outil de communication fabuleux, il faut néanmoins recadrer les choses afin de pouvoir faire la part du mythe et de la réalité.
On en parle beaucoup depuis deux ans, mais Internet existe depuis plus d’une trentaine d’années. "Internet a été créé dans les années soixante, explique Daniel Hénon-Hilaire, responsable de la "Cité virtuelle", serveur local permettant d’accéder indirectement à l’internet. C’était pendant la guerre froide. L’armée américaine avait créé un réseau parallèle aux moyens classiques de communication, avec des adresses précises, où des ordres pouvaient être dirigés sans risque d’interception. Par la suite, les chercheurs des universités ont pu utiliser ce réseau, qui est resté pendant longtemps l’apanage des scientifiques. Depuis quelques années, il est devenu accessible à tout le monde". Son ouverture grand public en fait un outil de communication extraordinaire. "Pour moi, l’aspect le plus intéressant d’Internet est le "eMail", explique Henry Godard, enseignant à l’université de la Réunion. Le "eMail" est votre adresse électronique sur Internet. Vous avez une boîte aux lettres dans laquelle des messages, qui vous sont destinés et qui proviennent du monde entier, sont enregistrés en attendant que vous veniez les consulter. Le "eMail" n’est ni spectaculaire ni lucratif, c’est pour cela qu’on en parle très peu. Mais il permet le contact permanent avec le monde entier. Dans un message ainsi expédié, il peut y avoir aussi bien du texte que des images". Ce message prend moi de quarante huit heures, par exemple, pour parvenir aux USA, d’où l’intérêt pour un chercheur, surtout lorsque l’on sait que toutes les universités américaines, avec le détail de leurs publications et de leurs spécialistes, sont sur le Net. Les entreprises ont vite compris l’intérêt à être, elles aussi, connectées, non seulement pour faire connaître leurs produits, mais également pour offrir aux gens la possibilité d’acheter sans bouger de leur fauteuil. Tout faire depuis son fauteuil ! Cela est en passe de devenir réalité, surtout aux U.S.A., où le taux de "connectés" sur Internet est plus important (environ 70%). On peut faire ses courses, voir en avant première les images d’un film en cours de réalisation, lire la presse nationale et internationale avant qu’elle ne sorte en kiosque, mais aussi "voyager" en voyant des destinations de rêve apparaître sur l’écran. "En trois heures de connection, on peut faire quatre fois le tour du monde, sans même s’en rendre compte, car on voyage d’un serveur à l’autre", dit Daniel Hénon-Hilaire. L’émergence d’un mythe Tout cela semble fabuleux, sauf que lorsque l’on se connecte, les choses ne sont pas aussi rose que l’on veut bien nous le dire. Différents paramètres doivent être pris en considération. Ceux-ci se chargent de vous ramener du monde virtuel où vous naviguiez à une réalité beaucoup plus terre à terre. "Tout le monde en parle et pourtant, 80% des gens ne savent pas vraiment ce que c’est pour ne s’être jamais connectés, avoue Henry Godard. On estime à 50 millions le nombre de connectés, ce qui est ridicule par rapport à la population mondiale. A la Réunion, où le nombre de gens reliés est absolument infime, il faut voir le nombre de magazines et de livres spécialisés sur Internet qui se vendent !". Les gens aspirent au jour où enfin notre île sera reliée au réseau satellitaire. Gare alors aux désillusions et aux grincements de dents... surtout en recevant la facture téléphonique ! Car en effet, qu’est-ce qu’Internet, si ce n’est un minitel sophistiqué ? S’il est vrai que l’on trouve de tout sur Internet, encore faut-il savoir chercher à travers le fouillis de fichiers qui sont livrés en vrac. "Sans des adresses exactes, on ne peut-pas se connecter en moins de trois heures, car on est lâché sur une centaine de milliers de pages. Les systèmes de recherche ne sont pas très sophistiqués", explique Daniel Hénon-Hilaire. La dure réalité ! Il faut aussi choisir le moment où l’on va se connecter sur le "Web". Selon les heures, il existe un encombrement important qui rendra difficile toutes connections ou téléchargements d’informations qui vous intéressent (environ une demi-heure pour une image). Bien sûr pendant ce temps les minutes passent et la facture de téléphone va en s’alourdissant. Souvent aussi, alors que le titre semble évocateur, lorsque l’on se rend sur le site, on se rend compte que l’on est tombé sur un rigolo qui n’a rien à proposer. Perte de temps, perte d’argent... Surtout que la tentation est grande de naviguer d’un serveur à l’autre. Même lorsque l’on se fixe un but bien précis, on est toujours tenté d’aller voir ce que les autres proposent ! Aucune étude précise de sociologue n’existe jusqu’à présent sur ce nouveau phénomène de société qu’est Internet. Pourtant, beaucoup de choses pourraient certainement être dites et seraient révélatrices du comportement humain. Pourquoi les gens désirent-ils tellement se brancher sur Internet ? Qu’est-ce qui les fait tant rêver ? Qu’est-ce que cela changera à leur vie ? Véronique Garrioch Article paru dans 7 magazine semaine du 24 février au 1er mars 1996. |